Paravent Shoji

Paravent shoji

Un shoji est un panneau japonais traditionnel, souvent utilisé sous forme d'une baie fixe ou coulissante.
Recouvert de papier translucide, il diffuse une lumière douce.



Ma fille Caroline, qui est masseuse, souhaitait un paravent-shoji pour permettre aux patients de se déshabiller dans la salle de massage. Je lui ai proposé de le fabriquer, mais sans trop évaluer la quantité de travail à fournir. Bien m'en a pris, sinon je ne l'aurais jamais fabriqué et serais passé à côté d'une belle expérience !

C'est parti !


J'ai commencé par déterminer, avec elle, l'aspect général et les dimensions. Nous avons opté pour 3 panneaux montés en accordéon, ce qui permettait de le maintenir debout et de le replier pour le ranger. Les panneaux sont à maille carrée et pour une largeur de 50 cm, 3 carrés semblaient corrects. La hauteur a été fixée en fonction du nombre de carrés : avec 10 carrés, le paravent était trop petit, donc 11 carrés de haut. Ça tombe bien, trois et onze sont des nombre impairs et c'est plus esthétique que des nombres pairs. Vous n'avez jamais remarqué que les rayons des roues de voitures étaient au nombre de 3, 5 ou 7 ?
schéma1
Un p'tit schéma pour formaliser tout ça. Bon c'est un peu brouillon mais j'ai travaillé avec ça jusqu'à la fin, ce qui prouve qu'on a pas besoin d'une CAO super précise pour faire le boulot.

schéma2
Finalement je l'ai remis au propre pour vous, mais toujours à main levée. Je ne pratique la CAO que pour l'impression 3D ou la découpe laser.

Cliquez sur les images pour les agrandir 🤙



Les fournitures

Comme indiqué sur le schéma, les fournitures pour 3 panneaux sont :
  • 3 x 2 x 2,50 m de 22 x 12 pour les montants, soit 6 tasseaux
  • 3 x 8 x 2,50 m de 5 x 12 pour les grilles, soit 24 baguettes
  • 3 x 1800 x 500 de papier calque ou de plastique dépoli
  • 2 charnières à piano longueur 1,70 m largeur 25
  • 116 vis à tête fraisée de 3 x 15 ou 3 x 20
  • colle vinylique D3

Attention à approvisionner vos baguettes dans le même lot afin d'avoir des dimensions identiques, c'est préférable pour les assemblages à mi-bois. Même chose pour les montants.

... et les outils

Je n'avais pas choisi de travailler à la main dès le début du projet, ce n'est venu que plus tard. Pour les assemblages des baguettes à mi-bois, 240 entailles quand même, j'avais réalisé un montage pour ma défonceuse et réalisé quelques essais, mais devant la difficulté de positionner les entailles avec précision, j'ai décidé de les faire à la scie japonaise et au ciseau à bois. Pour réaliser les tenons et mortaises du cadre, je me suis dit que c'était aussi l'occasion de me lancer dans un travail que je n'avais encore jamais fait. Pour une première réalisation, la précision de l'assemblage des montants est moyenne et la colle a bien arrangé l'ensemble. Il faut dire qu'un tel assemblage sur une épaisseur de 12 mm, dans du sapin qui plus est, n'est pas évident. J'ai été obligé de fabriquer un ciseau à bois de 4 mm d'épaisseur car je n'en ai pas trouvé dans le commerce.

Les outils utilisés pour la réalisation de l'ensemble :
  • scie japonaise type Kataba
  • ciseaux à bois de 4 mm et 8 mm
  • trusquin
  • tranchet
  • mètre à ruban
  • lime plate (une des deux tranches n'a pas de stries, ce qui permet de ne pas élargir les embrèvements)
  • équerre de menuisier et fausse équerre
  • serre-joints d'angle
  • toupie ou défonceuse avec fraise à queue d'aronde
  • tournevis
  • ponceuse orbitale ou cale à poncer
  • et évidemment un établi de menuisier avec sa presse et son valet
image 20201219_171825823.jpg (55.2kB)
Quelques outils
L'avantage d'une scie japonaise est la qualité et la précision du travail ; elle s'utilise en tirant, ce qui permet de bien contrôler la direction, la profondeur et la planéité du trait de scie. L'absence de voie de sa denture laisse une tranche parfaitement propre, comme rectifiée. La lame, très fine (0,4 mm pour ma scie) est très peu avoyée et coupe bien plus vite qu'une égoïne de 1 mm d'épaisseur.

Go !

Cette réalisation étant une première pour moi, j'ai préféré faire un premier panneau en guise de cobaye avant le travail en série : 2 exemplaires ! En fait, si vous suivez ce tuto vous pourrez réaliser les trois panneaux ensemble.

Le cadre

La difficulté particulière est la réalisation des onglets. Personnellement je ne possède pas de scie à onglet, j'ai donc tracé mes découpes à la fausse équerre, mais en tant que débutant j'ai utilisé un crayon. Le résultat sur mon proto étant plutôt décevant, j'ai opté pour une équerre à 45° et troqué mon crayon contre un tranchet, au tracé beaucoup plus précis.
Le sciage à 45° des tenons ne pose pas de problème, seul le sciage dans le sens du fil nécessite de la minutie pour avoir une répartition en trois tiers réguliers et parallèles ; le secret est de ne pas forcer pour entamer la coupe et de bien guider la lame. Quelques essais préalables sur des chutes peuvent s'avérer utiles.
Ensuite sur chaque montant, côté intérieur du futur cadre, j'ai réalisé une saignée de 2 mm de profondeur à la défonceuse avec une fraise à queue d'aronde pour que le papier calque puisse être maintenu au niveau des montants. Il est pincé entre la grille fixe et la grille amovible sur toute la surface du panneau, mais en l'absence de saignée, il flotterait le long des montants.
Ensuite j'ai assemblé les éléments de chacun des trois cadres en faisant attention que la saignée soit toujours positionnée de façon identique.

J'ai tracé – suivant les cotes indiquées sur le schéma – et scié les embrèvement de 12 mm de large et 5 mm de profondeur en faisant attention d'être bien positionné dans tous les sens :
  • perpendiculaire dans le plan horizontal en traçant le trait de coupe à l'aide de l'équerre
  • perpendiculaire dans le plan vertical en maintenant la lame de scie perpendiculaire au montant pendant le sciage
  • et enfin la profondeur du trait de scie (5 mm) est matérialisée par le traçage au trusquin.

image 20201205_164235770_1.jpg (29.2kB)
image 20201205_164253925_1_1_1.jpg (33.4kB)
image 20201205_164640673_1.jpg (34.1kB)
J'ai dégagé l'embrèvement entre les deux traits de scie à l'aide d'un ciseau à bois de 8 mm, en faisant attention à ne pas dépasser les traits du trusquin. Le ciseau à bois doit être affûté comme une lame de rasoir (poli miroir), mais ça vous le savez déjà ! En effet, on travaille l'embrèvement en travers du fil du bois et sur un bois rébarbatif, le sapin, qui alterne cernes dures et tendres.

On peut faire l'assemblage des montants avant ou après la découpe des embrèvements.

Les grilles

Chaque panneau comporte deux grilles, l'une fixée par collage et l'autre amovible, ajustée avec un serrage modéré afin de pincer la feuille, mais susceptible d'être démontée en cas de remplacement éventuel de la feuille.
Au départ, l'assemblage à mi-bois de 6 grilles constituées chacune de 10 traverses et 2 longerons me paraissait un travail long et difficile. J'ai donc choisi, dans un premier temps, de découper des longueurs de 144 mm et de les fixer entre les traverses par collage. Outre le fait qu'un traçage très précis était nécessaire pour avoir des lignes droites, le collage s'est avéré délicat pour maintenir tous les morceaux serrés entre eux, j'ai passé beaucoup de temps à effectuer des collages successifs et finalement l'ensemble que je pensais suffisamment robuste après séchage, s'est écroulé à la première manipulation. Faux départ !
Je me suis donc résigné à expérimenter des assemblages à mi-bois, avec des embrèvements de 2,5 mm, assez fragiles à mon sens. En fait, l'opération s'est bien passée, sans casse ni incident ;-). J'ai découpé les 10 traverses, les ai insérées dans les embrèvements du cadre, ai positionné par dessus les 2 longerons, insérés eux aussi dans leurs embrèvements. J'ai calé un des deux longerons qui était légèrement cintré afin de le redresser et ai tracé des petites entailles au tranchet à chaque intersection, d'abord sur les traverses, puis sur les longerons, des deux côtés à chaque fois. Puis j'ai numéroté les traverses et les longerons pour leur permettre de retrouver leur place, les ai retirés et il ne me restait plus qu'à faire les 480 traits de scie de 2,5 mm de profondeur.
Un bel exercice de régularité, de précision et de résistance au travail fastidieux. J'ai commencé par tracer au tranchet les repères de sciage à partir des entailles, mais vu l'ampleur de la tâche, j'ai finalement préféré scier directement sur les entailles, la seule précaution étant de respecter la perpendicularité sur les plans vertical et horizontal, ainsi que la profondeur. Puis 240 dégagements au ciseau à bois, d'autant mieux affûté que les baguettes sont fragiles. Pas besoin de tracer la profondeur d'embrèvement au trusquin, un contrôle à vu d'œil est suffisant.
image 20201212_112341703_1.jpg (35.8kB)
L'opération suivante est le montage des éléments de la grille pour s'assurer de leur bon ajustement avant collage. Un recours à la lime plate s'est avéré nécessaire pour parfaire certains emboîtements.

Assemblage

image 20201212_090030286_1.jpg (0.1MB)
Le collage se fait sans histoires. Personnellement j'utilise de la D3, peu sensible à l'humidité. Bien entendu comme vous le savez, il est souhaitable d'enduire les 2 faces. J'insère la grille dans son cadre pour la maintenir positionnée pendant le séchage. Quand les 2 grilles sont terminées, je choisis celle qui est la mieux ajustée comme grille amovible. Elle doit être légèrement serrée dans chaque embrèvement afin de maintenir correctement la feuille et ne pas se désassembler lors des manipulations. Je colle l'autre en place dans son cadre. La finition consiste en un ponçage pour éliminer les traces de colle, puis d'une cire ou un vernis.

image 20201213_152017665.jpg (72.8kB)
L'assemblage des panneaux est réalisé au moyen de charnières à piano. Les panneaux sont montés en accordéon afin de les plier pour faciliter le rangement. Le montage des charnières a toujours été problématique pour moi, espacement entre les deux parties, maintien de la charnière pendant le perçage... Cette fois-ci je n'avais pas intérêt à rater cette opération ultime, surtout avec 29 trous dans chaque panneau. J'ai donc positionné la charnière à l'envers sur la tranche du premier panneau et tracé les trous de fixation au crayon. Cela permet de ménager l'espace nécessaire entre les panneaux pour leur débattement. Je perce systématiquement un avant-trou pour éviter au bois de se fendre dans le temps. Enfin je fixe les charnières à l'endroit. Bon, là j'avoue que j'ai vite abandonné le tournevis au profit de la perceuse, pour les 116 trous comme pour les 116 vissages. Je ne suis pas un ayatollah de l'outil à main quand il existe des solutions plus rapides;-)

Bilan et améliorations

Le coût des fournitures est d'un peu moins de 90 € et il est vrai qu'on trouve dans le commerce des paravents-shoji tout montés à 100 €. Mais l'expérience acquise et la satisfaction d'avoir réalisé un chef d'œuvre vaut bien les 25 à 30 h d'investissement, non ?

Le principe que j'ai adopté est celui d'un cadre unique comportant une grille fixe collée dans le cadre et une grille amovible, entre lesquelles est pincée la feuille translucide. L'inconvénient est que la feuille n'est pas pincée sur sa périphérie, le long du cadre. la rainure ménagée dans les montants du cadre la maintiennent mais assez peu s'il s'agit d'un papier calque peu rigide.

Un autre principe serait de concevoir un panneau constitué de deux cadres plaqués l'un sur l'autre, chacun avec sa grille collée. Ainsi la feuille serait pincée également sur sa périphérie. L'assemblage des deux cadres entre eux pourrait être assurée par des aimants puissants au néodyme, sertis dans les montants, ce qui permettrait tout autant le démontage. Autre avantage, au lieu des assemblages par tenons et mortaises de 4 mm d'épaisseur, les cadres, d'environ 8 mm d'épaisseur, pourraient être assemblés à mi-bois avec des coupes d'onglet, ce qui est plus simple à réaliser. Mais comme rien n'est parfait, un espacement inesthétique et éventuellement irrégulier serait présent sur la tranche des panneaux et il y aurait un risque que ces derniers se désolidarisent au moindre choc.

shoji amélioré
À mon sens, la meilleure solution serait de réaliser une grille avec son entourage intégré. De ce fait, elle serait plus rigide et cela permettrait de tendre et coller le calque directement sur la grille et jusqu'aux bords. Cette grille pourrait être unique puisqu'il n'y a plus besoin de pincer le calque. Dans ces conditions, elle pourrait aussi être plus épaisse (12 x 12 au lieu de 5 x 12), ce qui faciliterait les découpes à mi-bois. La grille ainsi réalisée pourrait s'insérer dans un cadre sur lequel seraient montées les charnières. Finalement je me suis bien compliqué la vie, mais c'est ça l'expérience ;-)

À vous de choisir. Et en tous cas n'hésitez pas à me faire un retour. Ça me ferait plaisir d'échanger avec vous sur vos questions et vos solutions.
SiJetaisPresident